Une fiche de lecture sur l'Apologie de Socrate de Platon
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COMPRENDRE
- sujet : plaidoyer de Socrate lors de son procès
- thèmes : la philosophie ; la justice
- les données historiques du procès :
- il a fréquenté nombre de personnages politiques qui sont réputés être responsables des malheurs de la cité
- il n’est pas comme tout le monde (il dédaigne les valeurs matérielles, tourne en dérision les autorités, sème le doute… bref il est dangereux pour l’ordre de la cité puisqu’il en sape les fondements)
- il a agacé tout le monde à travers ses questionnements incessants…
- 3 parties :
I-l’accusation et la plaidoirie de Socrate : corruption de la jeunesse et impiété ou athéisme
A-L’accusation
| 24 b-c « Socrate est coupable de 1) corrompre les jeunes gens et 2) de ne pas reconnaître les dieux que reconnaît la cité mais de croire à d’autres manifestations surnaturelles nouvelles » |
- l’école ionienne : philosophes de la nature, qui expliquent le fonctionnement de la nature de manière rationnelle, sans recourir au mythe (Thalès, Anaxagore…)
- les sophistes : spécialistes de la rhétorique, professeurs itinérants qui se prétendent capables de convaincre n’importe quelle assemblée de n’importe quelle cause
B-La plaidoirie de Socrate
Socrate va se défendre de ces accusations, à travers un contre-interrogatoire de son principal accusateur, Mélétos. Ce contre-interrogatoire est un modèle de l’ironie et même de la maïeutique socratique.1) la corruption de la jeunesse (24b-25c)
a) premier argument : la bonne éducation
consiste à dire que si Mélétos accuse Socrate de corrompre la jeunesse, alors il sait qui rend les jeunes gens mauvais ; donc il doit aussi savoir qui les rend meilleurs (24d) ; qui sont-ils alors ?- Réponse de Mélétos : « les lois »
- Question de Socrate : qui connaît bien les lois ?
- Mélétos : les juges d’Athènes ici présents
- Finalement, Socrate finit par montrer la contradiction de l’argument de M. : au bout du compte, si M. a raison, TOUS les citoyens d’Athènes rendraient les jeunes gens meilleurs, et Socrate seul les rendrait pires ; analogie avec les dresseurs de chevaux : les bons éducateurs sont l’exception et non la règle…
b) second argument : les gens mauvais (25c-26a)
- les gens méchants causent du tort à leurs proches, alors que les gens de bien leur procurent du bien ; d’où deux questions :
- existe-t-il des personnes qui préfèrent recevoir du mal que du bien ?
- M. accuse-t-il S. De vouloir corrompre la jeunesse à dessein ou sans le vouloir ?
- M. va bien sûr répondre « non » à 1) et « oui » à 2) ; S. va le pousser alors dans la contradiction : si on corrompt quelqu’un on le rend moins bon, et méchant ; donc corrompre quelqu’un consiste à travailler contre son propre intérêt, puisque celui qu’il a corrompu finira par lui faire du mal ! Bref : on ne peut corrompre quelqu’un volontairement
2) l’introduction des nouveaux dieux dans la Cité (26b-28a)
- on le confond avec Anaxagore si on dit qu’il croit à la divinité de choses naturelles
- par ailleurs s’il est athée comme le sous-entend M. alors il ne peut introduire de nouveaux dieux !
- il ne professe aucune doctrine ; pour le montrer il recourt à l’oracle de Delphes (ou Apollon) : S. raconte qu’un de ses amis, lors d’un voyage à Delphes, consulte la Pythie sur la question suivante : existe-t-il un homme plus sage que Socrate ? La Pythie a répondu que non
- Socrate explique en quoi il est le plus sage : c’est que contrairement à bon nombre de gens, il sait reconnaître son ignorance
- tout au long de l’œuvre il affirme que pour rien au monde il n’acceptera d’abandonner sa « mission » divine qui consiste à éprouver la sagesse des hommes
| Cf. 29b : « ce que je sais bien, c’est qu’être injuste, et désobéir à ce qui est meilleur que soi, dieu ou homme, est contraire au devoir et à l’honneur » |
3) sa conduite exemplaire (21a-24e) (le refus de commettre l’injustice)
- Il est légaliste, respectueux des lois de sa cité jusqu’au scrupule, jusqu’à risquer sa vie dans l’affaire des généraux (32b-c), jusqu’à préférer la mort au plan d’évasion de Criton (Criton, 50a-54d)
- Pourquoi ? Parce que, comme tout citoyen, il doit tout aux lois puisqu’elles ont réglé le mariage de ses parents, sa naissance, son enfance, son instruction, ses propres engagements d’adulte, les droits et la sécurité dont il a joui
- Pourtant il sait désobéir aux lois de la cité au nom d’une autorité supérieure, lors de l’arrestation de Léonde Salamine (32c-e) ; il n’hésite pas non plus à braver le tribunal populaire et à réclamer comme peine, après sa condamnation, d’être nourri au Prytanée (autant dire de recevoir la légion d’honneur !)
II-le verdict : la peine de mort
III-apologue littéraire de Platon : la mort n’est pas un mal
En 29a-b Socrate déclarait la mort inconnaissable ; ici il va plus loin en proposant tout de même une hypothèse : ou bien dans l’état de mort, la conscience disparaît et dans ce cas, l’ensemble du temps passe en une seule nuit ; ou bien la mort n’est qu’un passage vers un autre monde, où nous retrouverons les personnages du temps passé. Cela incline à penser que la mort serait préférable à la vie ! Cf. dualisme platonicien (l’âme incarnée dans un corps aspire à s’en défaire)Concepts centraux
- la sagesse : la sagesse est amour de la vérité ; et une conduite exemplaire, une recherche des valeurs morales les plus hautes pour l’homme
- la justice : Il existe une justice supérieure aux lois de la cité (cf. aujourd’hui la notion de droits de l’homme)- le plus juste est parfois celui qui sait aller à l’encontre des lois « écrites »… Thèse centrale à retenir : il faut toujours préférer la mort à un acte injuste la vérité : -étymologie : « hè alèthéia » : c’est « ce qui n’est pas (ou plus) caché, ce qui sort de l’oubli » -l’unanimité est suspecte = la vérité se cache, n’est pas évidente -la vérité est une valeur morale
EXPLOITER
Citations
- « le plus sage d’entre vous, hommes, est celui qui a reconnu que la sagesse n’est rien »
- « c’est ainsi comme une sorte de taon, que, me semble-t-il, le dieu m’a attaché à la Cité, moi qui me pose partout et toute la journée ne cesse de vous aiguillonner, de vous exhorter, de vous invectiver chacun individuellement »
- Je suis « incapable de céder à qui que ce soit contre le devoir, par crainte de la mort » (32a)
- « voici, Athéniens, la vraie règle de conduite : tout homme qui a choisi un poste parce qu’il le jugeait le plus honorable ou qui y a été placé par un chef, doit, selon moi, y rester, quel que soit le danger, et ne considérer ni la mort ni aucun autre péril, mais avant tout l’honneur »
- « Je crains donc les maux que je connais pour tels ; mais les choses dont je ne sais si elles ne sont pas des biens, jamais je ne les craindrai ni les fuirai »
Sujets de dissertation
- Faire son devoir est-ce toujours obéir aux lois ?
- Faut-il craindre la mort ?
- A quoi sert la philosophie ?
- La philosophie est-elle une affaire politique ?
- La démocratie est-elle le meilleur des régimes politiques ?
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